mardi 27 avril 2010

Désintégrons les enfants!

L'intégration scolaire des enfants en difficulté fait les manchettes ces jours-ci dans les médias. Coïncidence: le même sujet fait la manchette de notre vie familiale au même moment.

C'est que Lolo, qui a un léger trouble envahissant du développement et une légère dysphasie, vient d'obtenir la ''note de passage'' pour intégrer une classe de 1re année régulière en septembre prochain. Pas assez TED pour une classe TED et pas assez dysphasique pour une classe de langage.

Ça sonne peut-être comme une bonne nouvelle à vos oreilles mais ça ne l'est pas. Voici pourquoi (c'est long, je vous préviens, fallait que ça sorte!):

- Il a fait sa maternelle "intégrée'' et son apprentissage s'est résumé en une phrase: on a limité les dégâts.

- Il a passé l'année scolaire qui s'achève en classe de développement avec 7 élèves. Résultat: il a progressé de manière phénoménale si bien qu'il est ''premier de classe'' et se sent valorisé parce qu'il peut aider les autres. Surprise: ses traits TED ont disparu (selon le rapport du psychologue de l'école).

- Mais comme son atteinte est trop légère (mais bien réelle!), il ne peut pas joindre une classe TED ni une classe de langage car il ''régresserait au contact de cas plus lourds que le sien''.

- Il n'a pas le choix d'aller en classe régulière et ce, malgré les difficultés d'apprentissage qui le rattraperont assez vite. Il ne peut pas aller dans une classe de retard d'apprentissage (la bonne vieille classe d'ortho) car, depuis la réforme, les enfants doivent avoir accumulé 2 années scolaires de retard pour joindre une telle classe. Deux ans de démotivation, de dévalorisation et de dépréciation avant de pouvoir joindre une classe adaptée à leurs capacités d'apprentissage -lesquelles sont documentées et connues depuis la maternelle! - et ce à un âge où tout était pourtant encore possible pour leur faire aimer l'école. Mais quel fonctionnaire a pensé à ça?!?!?!

- Dans le cas de Lolo, l'école a fait une demande d'accompagnement par une éducatrice spécialisée à raison de 10 heures par semaine (périodes quotidiennes de français et de mathématiques). Mais comme le psy a fait un beau portrait de Lolo (étant donné ses progrès en classe spéciale), je doute qu'on gagne le gros lot! Et pas d'orthophonie, bien sûr! D'ailleurs, en maternelle, il avait été jugé ''non prioritaire'' alors que cette année, en classe de développement, il était suivi par une orthophoniste et que, s'il était dans une classe spéciale, il aurait droit à ces services, recommandés par le médecin et l'équipe multidisciplinaire qui a établi son diagnostic (bonjour l'orthophoniste privée, bye-bye les bidous!)

- Tous les intervenants sont conscients que son beau progrès est entièrement dû au fait qu'il était dans un groupe restreint, que les consignes étaient appuyées par des pictogrammes et répétées ad nauseam et que l'apprentissage se faisait de manière individualisée, selon le rythme et les capacités de chaque enfant. Dans une classe régulière, ses traits TED -qui avaient miraculeusement disparus!- vont sans doute réapparaître et -tadam!- enfreindre son apprentissage. Il va passer du premier de classe au plus poche. Il va pogner une méchante débarque en matière d'estime de soi.

Pourquoi j'anticipe ce scénario catastrophe? Parce que sous notre toit, nous vivons déjà les deux côtés de la médaille avec ses deux soeurs. D'un côté, il y a Lili qui va dans une école spécialisée puisqu'elle est en fauteuil roulant. Elle n'est pas intégrée et... elle n'est pas une extra-terrestre! Elle suit le programme académique de la 1re année et apprend autant que sa soeur Momo qui, bien qu'ayant un léger handicap physique, va en classe régulière de 1re année dans une école ''normale''. Elle est motivée et a tous les services dont elle a besoin à l'école: physiothérapie, ergothérapie, etc.

Les classes spéciales ostracisent les enfants? Vous voulez rire?!!! Cessons de croire que l'intégration est la meilleure option pour les enfants en difficulté. Ils ont besoin d'évoluer dans un groupe restreint d'enfants de même niveau qu'eux pour progresser normalement, pour se mesurer équitablement aux autres. Dites-moi à qui ça profite d'être toujours le plus poche? À la commission scolaire qui n'a pas besoin de justifier l'embauche de plus de personnel en noyant dans l'océan les enfants en difficulté d'apprentissage? (des enfants qui sont beaucoup plus conscients de leur différence en côtoyant chaque jour des enfants normaux qui réussissent là où ils échouent!)

La preuve sous mon toit: Momo a eu 61 en éducation physique. On ne tient pas compte de son handicap physique, elle est en classe régulière. Lili a eu 84.

- Maman, comment ça se fait que Lili est meilleure que moi et ELLE NE PEUT MÊME PAS MARCHER?, s'est indigné Momo.

''Parce que tu es en classe régulière ma chérie et que, même si tu fais sans doute plus d'efforts que tes amis juste pour tenir en équilibre, tu seras toujours la plus poche de ton groupe. Lili est en classe adaptée. Son évaluation est faite en fonction d'objectifs liés à ses capacités. Surtout, ne te démotive pas!''

Évidemment, je lui ai menti et je l'ai encouragée même si je sais déjà que pour l'éducation physique, c'est peine perdue. Mais bon, ce n'est que de l'éducation physique mais imaginez que nous allons vivre cette situation avec Lolo en français, en mathématiques, en anglais...

Y a-t-il une solution? Bien sûr! Intégrons les enfants dans des classes régulières pour les matières où ils ont une chance de performer équitablement (arts plastiques, musique, éducation physique) mais de grâce, laissons-leur une chance de réussir les matières académiques dans une classe adaptée à leur niveau. Car réussir, eux aussi, c'est juste ça qu'ils demandent!

34 commentaires:

Mamounet a dit…

Ouf... Votre billet me touche beaucoup ce matin.

Je n'ai pas d'enfant avec des défis particuliers, mais je suis totalement d'accord avec vos propos. À l'école, l'enfant devrait pouvoir développer ses capacités au maximum, selon ses besoins et sa réalité.

Je souhaite que Momo puisse obtenir tout l'appui dont il a besoin en milieu scolaire afin que ses apprentissages ne deviennent pas un calvaire, ni pour ses parents, ni pour lui surtout.

Je suis de tout coeur avec vous.

carole a dit…

Je trouve ton idée merveilleuse. Ma fille est dans une merveilleuse école adapté et jusqu'à hier j'ai eu très peur qu'elle soit obligée de changer d'école..elle performait trop! .. trop bonne trop forte..les autres élèves copient sur elle! ...Une chance qu'elle a un gavage (ça fait peur aux écoles normales!) et un sale.. très sale caractère qui lui ont donné une côte de DI moyenne... parce qu'au niveau académique elle classait léger, à sans déficience..(pour certains domaines comme les mathématique et le français...elle est en maternelle) mais elle est incapable d'aller a la toilette seule.. ou de répondre à des questions simple. On a trouvé un beau compromis. École adapté de jour...service de garde en milieu normal par la suite. Donc apprentissage adapté et relation avec les amis du quartier en fin de journée. Pour nous ça fonctionne bien...j'espère que ça va bien se passer pour vous.

Mamanbooh a dit…

Nancy! Ton titre est percutant et ton texte plein de bon sens.

Je comprends trop bien ce que vous vivez, c'est tellement incohérent et ridicule...

C'est une question d'argent et de priorités bureaucratiques/politiques, alors que l'estime des enfants devrait être mise de l'avant.

La psy de l'école n'est probablement pas tout à fait neutre dans le cas de ton fils.

Tu sais que tu peux refuser le classement, aller au conseil des commissaires, demander une nouvelle évaluation (ou contre-expertise).

Cela va demander beaucoup de temps, d'énergie et d'argent, mais je suis convaincue que tu en es capable.

L'intégration avec du vrai support et de l'accompagnement d'une vingtaine d'heures par semaine, oui! Mais trop souvent, l'intégration vient avec... RIEN!
Dans ce temps là, c'est bon pour personne.

Grrrrr.... Ça me choque! Le pire là-dedans, c'est que comme parents d'enfants différents (trois fois plutôt qu'une!), tu aurais besoin de reconnaissance, D'une petite tape dur l'épaule alors qu'au contraire, on est en train de VOUS remettre le problème sur les bras.

Une maman solidaire qui connaît trop bien le monde de l'éducation...

* Ma fille de 5 ans est dans une classe de langage où elle fait de très beaux progrès (9 enfants et 2 adultes), mais le bulletin n'est pas adapté, alors sur papier, elle est en échec PARTOUT! Ça aussi, c'est difficile à expliquer aux enfants... Mais pour seulement trois groupe dans la CS, ça ne vaut pas la peine d'adapter le bulletin. Tant pis pour l'estime des petits.

Mawie a dit…

Je suis bien d'accord, et bien contente de te l'entendre dire! Mes enfants n'ont pas ce type de problème, et je suis contente de connaître l'avis d'un parent dont l'enfant à des besoins particuliers.

J'ajouterais que les profs de classes "normales" font aussi tout ce qu'ils peuvent, mais qu'avec cette intégration à tout prix, leur charge de travail augmente, et les autres élèves en paient aussi le prix! Finalement, tout le monde est perdant, là-dedans. Non, pas tout le monde, juste tous les enfants... Belles valeurs...

Mamounet a dit…

Oups... Désolée!

Une petite erreur dans le surnom s'est glissée dans mon commentaire précédent! Je voulais dire "Je souhaite que "Lolo" puisse obtenir tout l'appui dont il a besoin en milieu scolaire".

Bien que je souhaite que tous les enfants puissent obtenir le soutien nécessaire, évidemment!

vieuxbandit a dit…

"Ils ont besoin d'évoluer dans un groupe restreint d'enfants de même niveau qu'eux pour progresser normalement, pour se mesurer équitablement aux autres."

Je pense que c'est vrai pour tous. Moi j'ai souffert d'être première de classe! Ça a l'air nono dit comme ça, mais à force de me faire taper dessus au propre comme au figuré j'ai appris à "moins" performer et j'ai vécu des périodes de découragement scolaire énorme.

Et quelle bonne idée, justement, de regrouper les enfants pour les matières moins "intellectuelle" (plus physiques ou plus créatives)! Mon Coco a eu, au primaire, des enfants avec un TED dans sa classe régulière (pauvres parents...), et j'ai beaucoup aimé qu'on lui fasse vivre ce contact, qu'il apprenne que, voyons donc, c'est pas des extraterrestres, juste d'autres enfants, qui ont comme lui leurs propres forces et faiblesses. J'aurais par contre aimé que ça soit plus encadré: j'ai parfois dû corriger le tir à la maison parce qu'il absorbait des préjugés et des généralisations.

MadameMadame a dit…

ton billet me touche tellement ce matin. J'ai un ti bonhonmme de 3 ans et demi qui souffre de dyspraxie verbale. Depuis qu'il a 18 mois que je me bas pour qu'il est des services et le CRDP de mon coin me dit qu'il est non prioritaire. Je paie de l'orthophonie mais je ne peux pas payer autant qu'il a besoin.

L'idée de l'intégrer à l'école me fait peur...le manque de services me fait peur.

J'ai une petit garçon brillant entre les mains, mais j'ai peur que l'école fasse ternir cette brillance...

Tigrou a dit…

Je vis le même "stress" avec ma fille qui a quelques "troubles"...
plusieurs diagnostics, rien "d'assez handicapant" pour la shipper directement dans une classe spéciale et pourtant, je me représente très mal comment elle fera pour lire, écrire et calculer dès l'an prochain en première année.

Le 2 ans de retard, je ne le laisserai pas arriver. Parce que lorsqu'on aura atteint ce deux ans pour bénéficier de services plus adaptés, on aura également besoin d'une fichue de bonne psy pour redorer son estime d'elle-même et son appréciation de l'école!!!

Notre solution vite fait à nous, c'est l'école à la maison. Je la retirerai le temps de lui consolider ses bases et ensuite, on verra.
On verra comment se passe la première année et on fera le saut vers la maison si ça ne se passe pas bien, avant qu'elle perde toute estime et fierté!

Moi-même TES de métier, ça me désole, cette envie à tout prix de mettre les enfants dans la norme de l'école.
Je le dis, le redis et le re-redirai encore et encore... l'école est maintenant faite pour l'enfant "moyen".. les surdoués et les élèves en difficulté n'y ont que très peu leur place avec le peu de soutien qu'on offre aux enfants et aux enseignants!

Lawrichai a dit…

Ces commités qui décident de l'organisation scolaire "spécialisée" devraient tous être des parents d'enfant montrant des difficultées.

So a dit…

Tout à fait d'accord avec ton propos. Si tu savais le nombre d'histoires que j'entends sur le sujet dans les milieux de stage... Pour quelques belles histoires d'intégration réussies dans un milieu idéal et supportant, il y a auant d'enfants qui voient leur estime personnelle réduite à néant parce qu'ils ne sont pas éduqués et évalués en fonction de leurs capacités.

Je te souhaite le meilleur pour Lolo. Et beaucoup de courage pour toi et ton chum qui devez encore vous battre contre un système qui a pris le virage de l'intégration sans se donner les moyens de le faire dans le meilleur intérêt de l'enfant...

Anonyme a dit…

C'est tellement désolant caron a jamais été aussi contradictoire dans notre société. On se dit ouvert d'esprit et prêt à accueillir les gens qui ont des difficlutés.PFF!!! On dit les accepter mais lorsqu'on a la chance de faire semblant on la prends. Ce que je veux dire c'est qu'au lieux de les accepter et de leur donner tout les services qu'ils ont besoin on s'organise pour les mettre dans un autre endroit plus "normal" comme pour cacher qu'ils ont une difficulté, c'est comme mettre un plaster sans désinfecter en dessous. On voit pas l'infection mais ça veut pas dire qu'elle n'est pas là. Dans le temps, une famille qui avait un enfant avec une déficience ne prononcait jamais son handicap même son nom parfois, j'ai l'impression qu'on fait la même chose mais de manière bureaucratique.

Future Prof a dit…

Amen !

Je suis tellement d'accord. Et les enseignants aussi le pense. En stage, quand je devais évaluer un enfant qui devrait être en classe adaptée, je me sentais toujours mal. je ne peux pas lui donner la note de passage, mais ses efforts et ses progrès le mériteraient...

J'ai hâte que les fonctionnaires (et certains parents) comprennent que l'intégration pour tous n'est tellement pas la meilleure solution...

Ça me fait penser au cas d'une petite fille très atteinte de paralysie cérébrale et qui ne pourrait jamais avoir un niveau intellectuel d'un enfant de 3 ns et qui, au niveau moteur, ne ferait que rouler...
Je comprends que c'est un cas lourd et que c'est difficile pour les parents, mais ils exigeaient qu'elle soit intégrée en classe.

Et donc, elle a été intégrée en classe.

Lourd pour les élèves et pour le prof...

Guenièvre a dit…

Ton billet me touche beaucoup, Nancy...

Et je suis tout à fait d'acccord avec toi....

Moi-même, il a fallu que je me batte avec la direction de mon école pour avoir une évaluation de ma fille avec la psy de l'école, car on doutait qu'elle ait un TDAH.. MAis elle n'était pas prioritaire car pas en échec scolaire, même si ses résultats baissaient de + en +...Mais allo l'estime d'elle-même par contre...

Quand tu vas la chercher au service de garde et qu'elle te dit le coeur gros: "Maman, personne voulais jouer avec moi de la journée!!!", ça, ça brise ton petit coeur de mère...Il a fallu que je fasse plusieurs démarches par moi-même et que je demande des requêtes à mon médecin de famille pour que finalement, un an après, ils acceptent de la voir, car "j'ai fait mon bout de chemin"...Comme, si avant, je l'avais pas fait!!!

C'est assez frustrant!!!

Alors, je te dis, Continue de te battre pour tes enfants...Je te souhaite de tout coeur que tu aies finalement ce que tu souhaites pour tes enfants!!!

Anonyme a dit…

J'ai un enfant autiste. L'académique ne pose pas de problèmes pour lui, c'est tout le reste. Donc un gros groupe, c'est IMPOSSIBLE! Quand la ministre a dit que l'intégration c'était inhumain pour les enseignants et défavorisants pour les élèves "normaux" les cheveux m'ont levés de la tête! L'intégration à tout coup, sans services et sans soutien la majorité du temps, c'est INHUMAIN pour les enfants intégrés à prime abord. C'est les mettre dans une situation d'échec dès qu'ils mettent les pieds dans la classe. Sans soutien, l'enseignante vient tanné (et je la comprend) de leur voir la face. Sans soutien, les autres élèves se tannent de tous les besoins de cet "intrus" et de tout le temps qu'il prend dans la journée...

Mon fils aurait besoin, comme il me semble lolo, plus de défis que la majorité de sa classe mais quand même un groupe limité. Ils disent que c'est pas possible. Pourtant, plusieurs parents décrètent la même chose alors pourquoi ne pas donner l'effort d'organiser les groupes en conséquence? Mais non, les parents qu'est-ce qu'ils savent...

Je pense sincèrement qu'une formule hybride est la solution. Mais de grâce ne retournons pas à l'autre extrême en casant les enfants spéciaux dans une école spéciale sans contact avec le reste du monde!

vieille sacoche a dit…

Je suis vraiment touchée par ton billet car nous sommes dans la même situation. Par contre mon fils est en classe régulière avec accompagnement 13 heures par semaine. Ses travaux et lecture sont adaptés à ses capacités et les autres élèves de la classe sont au courant de ses difficultés. Nous sommes chanceux, car à ce jour, TOUS les professeurs qu'il a eu (il est en 2e)ont été formidables et plus que compréhensifs et j'espère bien que cela va durer !

Super-maman a dit…

Mon aîné a un TDAH et une surdité modérée.

L'année où on a dû prendre la décision de lui faire reprendre une année, il a été sous-évalué dans son bulletin. Phénomène inverse à la fin de sa reprise, puisqu'il fallait bien qu'il passe cette fois. Pfff !

Cette année, il est dans une classe spéciale avec une orthopédagogue présente presqu'en tout temps en classe en plus du prof, plus un suivi par une autre ortho, spécialisée en déficience auditive celle-là... Ça va bien ! Enfin une classe avec du soutien !!!

L'an prochain : retour obligé au régulier. J'ai beeeeeeen hâte de voir ça... (j'ironise, bien évidemment).

Julie a dit…

Tu me donnes une peur bleue: mon filleul est dysphasique modéré et TDA léger. Il a 3 ans.
Qu'est-ce que ce sera à son entrée à l'école? D'ici deux ans, qu'est-ce qui aura changé ou pas dans le système? Des écoles spécialisées dans notre coin, on en a pas. Des classes spéciales dans l'école du village non plus. Ce qui va arriver à mon petit coco? On va le placer en classe régulière où il devra bûcher sans résultats, où il se fera ridiculiser par ses amis et dont le professeur n'aura pas le temps de s'occuper de son cas particulier?
J'ai peur. Ton billet me touche au coeur cet après-midi.

Anonyme a dit…

Bonjour,

votre message de ce matin me touche particulièrement. Mon fils à 6 ans et il est présentement en maternelle en classe à ratio réduit. Il souffre d'une surdité de légère à modéré. Il est très bien encadré malheureusement cette école ne répond plus à ses besoins. Il n'est pas au même niveau d'apprentissages que les autres, il prend déjà du retard.

Mon fils souffre d'un trouble du langage. Une dyspraxie moteur sévère avec une dyphasie modéré (modéré parce qu'il a beaucoup de vocabulaire mais une compréhension atteinte sévèrement). En plus, il souffre d'un nystagmus (œil qui tremble), d'un TDA et depuis l'été dernier son épilepsie n'est plus très bien contrôlé, on est rendu au 3 ième médicaments. De plus, il a été évalué par une neuropsychologue l'an dernier et celle-ci a diagnostiqué de l'anxiété de performance a 5 ans. Aujourd'hui, il a vieillit d'un an et il est encore plus conscient de ses différences avec les autres enfants. On a eu une réunion à l'école avec la commission scolaire pour parler de son classement. J'ai payé mon ergo et mon orthophoniste privé pour qu'elles assistent à la réunion et explique à la commission scolaire les défis d'Émile. La dame de la commission scolaire n'a jamais rien écouté. Elle voulait une première année en régulier dans son école de quartier. Selon elle, les enfants en classe langage sont tellement en retard (a l'entendre j'ai presque que cru que ces enfants avaient besoin de bavettes parce qu'ils bavaient) et je ne voulais pas que mon fils soit avec des enfants comme ça, j'allais ralentir son processus scolaire.

On parle d'un enfant qui a tellement de misère à contrôler son crayon, qu'on travaille encore a essayer de dessiner un bonhomme. J'ai insisté, relancé la commission scolaire, demandé à visiter l'école avec classe de langage. École que j'ai finalement réussis à visiter avec une dame de la commission scolaire, qui m'a encore ré expliqué comment les enfants que nous allions voir étaient sévèrement atteint. Elle a quand même eu le culot de me dire en répondant à une question que je lui ai posé que les enfants qu'on voyaient avait souvent des problèmes moteurs. J'en aurais hurler de rage. Finalement, comme j'ai pas lâcher le morceau, j'ai eu la classe langage pour mon fils, pour l'année prochaine. Tout ça parce que j'ai pas lâché et tenu mon bout. La commission scolaire n'a jamais tenu compte de l'opinion des spécialistes ou de son professeur de cette année. Aussi, j'ai appris depuis, que les parents on a toujours le dernier mot, si tu refuses l'intégration, ils ne peuvent pas t'obliger à envoyer ton fils au régulier.

Bonne chance

Mamanbooh a dit…

Je suis passée ce matin, mais en lisant tous les commentaires, je ne peux faire autrement que de rajouter un petit mot.

Ma fille a 5 ans, elle est dyspraxique verbal et moteur sévère et elle fait aussi de l'épilepsie. J'ai un fils de 3 ans qui marche dans les pas de sa grande soeur... On parle aussi de TDAH et d'anxiété.

Pour sortir de mon isolement, je blogue depuis un et c'est ici que j'ai découvert la bloguesphère.

J'y ai aussi rencontré 3 merveilleuses mamans avec qui nous avons commencé un blog commun sur la dyspraxie.

Je lis et je remarque beaucoup d'histoire qui font peur et c'est presque normal, puisse que les directions scolaires sont en train de "figurer" les effectifs scolaires pour l'année prochaine...

Je vous invite chères mamans à ne pas rester isolée, à vous associer, vous tenir debout et dire NON!

Il y a plusieurs formes d'intérgration: aux loisirs, aux activités parascolaires, dans la rue, à la biblio, etc...

Je ne veux pas isoler mes enfants, mais bien leur offrir un cadre de vie scolaire stimulant, valorisant et ADAPTÉ.

Nancy a dit…

À mon tour d'être très touchée par tous vos commentaires, toutes vos expériences et tous vos maux de tête. Je suis d'accord avec Mamanbooh, nos enfants sont intégrés dans toutes les autres sphères de la société, c'est notre job de parents de les intégrer, L'école doit leur enseigner le maximum de connaissances sans les démotiver. C'est tout ce qu'on demande au milieu scolaire. De grâce, écoutez les parents! Continuons de se faire entendre chacune dans nos régions, nos commissions scolaires, nos écoles! Faut pas lâcher!

Nancy a dit…

En passant, on m'a toujours fait sentir que j'étais la seule mère (donc, bizarre!) à ne pas sauter de joie à l'annonce de l'intégration de mon fils en classe régulière. De toute évidence, on n'a menti car en vous lisant, je ne me sens vraiment plus seule!

Jovigirl a dit…

Ça me touche beaucoup ce que vous avez écrit... Ma fille de bientôt presque 8 ans vit une situation semblable. Ma fille est dyspraxique avec un TDAH et une dysphasie modérée. Elle a recommencé sa maternelle et voilà qu'elle échoue maintenant sa 1re année... Le professeur a de la difficulté à adapter ses devoirs et leçons car elle ne connait pas ça la dyspraxie. Je dois donc MOI faire toutes les adaptations chez moi et encore là c'est difficile... Nous avons fait une demande pour une classe langage pour l'an prochain, mais là la commission scolaire nous fait attendre jusqu'en juin avant de nous dire si notre fille va recommencer sa 1re année (et va être au même niveau que son frère qui est déjà très fort... vive la débarque de l'estime de soi), si elle va aller en classe langage ou en classe de difficulté grave d'apprentissage (semble-t-il que c'est la même chose qu'une classe langage, mais service d'orthophoniste en moins... c'est super pour un enfant qui a une dysphasie et un trouble de langage), bref, ça laisse beaucoup de temps pour préparer ma fille mentalement à un changement possible d'école... Évidemment, les classes adaptées sont dans d'autres écoles... Bebye les amis, vive l'angoisse...
C'est très frustrant en tant que parent de se faire dire par les conseillers pédagogiques qu'ils ont nos enfants à coeur alors que nous ressentons le contraire... J'ai l'impression que ma fille est un numéro, du bétail, une enfant que l'on ne sait pas quoi faire avec... J,ai envie de hurler, envie de les secouer, de leur montrer c'est quoi vivre avec un enfant différent qui demande juste d'être comme les autres. Merci de m'avoir lu... Moi aussi ça me fait du bien de me défouler...

Isabelle a dit…

C'est la première fois que je lis un billet des (Z)imparfaites. Le sujet me préoccupe à plusieurs niveaux.

Je trouve que c'est bien dommage de déraciner ton fils d'un milieu où il s'épanouit et où il est visiblement heureux. Cela ne devrait-il pas être le but premier de l'école ????

En tant qu'enseignante, jamais je n'ai vu une cote d'élève lui nuire. Au contraire, cela permet des services adaptés à ses besoins.

J'espère un dénouement heureux dans cette histoire...

Jane a dit…

Hmmm, j'étais un peu pour l'intégration mais détaillé comme ça... je sais plus :(
C'est une situation // cas difficile à évaluer quand on est en dehors du problème ou qu'on ne l'a jamais vécu... J'espère juste que ton Lolo s'en sortira pas trop abîmer grâce à ses parents qui l'aiment tel qu'il est, qui l'aident...
D'un autre côté, je suis sur qu'il y a une autre façon de voir les choses...

Mamantroispointzero a dit…

Mes enfants ne présentent pas de défis particuliers mais je trouve ton billet très touchant.
Personne n'est gagnant dans cette situation, ni ton fils ni le prof ni les autres élèves de la classe.
Je te souhaite bon courage!

Anonyme a dit…

Je travaille dans une école et malheureusement, l'école n'est pas en mesure d'offrir des services à ces enfants, c'est comme si ils n'existaient pas.Le système n'a pas pensé à ça. C'est triste parce que c'est les enfants qui en souffrent. Quand il finira par obtenir des services, la démotivation sera probablement au rendez-vous.

Je te souhaite bonne chance et que les hauts fonctionnaires révisent le système un peu!

Anonyme a dit…

Le sujet de ce billet me touche particulièrement... étant moi-même éducatrice spécialisée en milieu scolaire depuis quelques années déjà, je suis tout à fait consciente et confrontée jour après jour au manque de service pour ces élèves... PAR CONTRE, vous semblez oublier un aspect important: quoique je ne juge pas que l'intégration doit être faite à tous et à tout prix, vous négligez grandement les nombreuses intégrations réussies... j'ai intégré plus d'une dizaine d'élèves depuis le temps et que 2 ont abouti en classe spéciale... Tout dépendant du milieu scolaire, de l'utilisation que la direction fait du budget alloué aux services de ces enfants, de l'OUVERTURE des enseignants à adapter les tâches et l'évaluation pour ces enfants extraordinaires et au rôle du TES pour y arriver, je peux vous jurer que l'enfant vivant avec une problématique quelconque en sort gagnant, épanoui et grandi à tous les niveaux. C'est aussi une chance pour les autres élèves de la classe que de cotôyer "la différence", ils en apprennent beaucoup eux-mêmes! Sachez qu'en scolaire, malheureusement, il n'y a pas que les élèves "codifiés" qui peuvent vivre, (selon les billets lus ici), une baisse d'estime de soi, un découragement, une marginalisation... Tout élève qui ne performe pas selon les normes établies par le Ministère, les normes et valeurs de l'enseignante ou selon les critères du milieu, l'élève qui vit des difficultés affectives, personnelles, qui provient d'un milieu défavorisé, peu stimulant... peu importe les raisons... ces élèves auraient tout autant besoin de soutien, qu'on adapte selon leurs particularités, leurs besoins du moment et pourtant ce n'est pas fait... "tu rentres dans le moule ou tu ne rentres pas", tel est la vision actuelle dans notre société... pas question que l'on s'interroge sur la pertinence d'axer autant sur la valeur de la performance académique de nos jeunes... C'est ici tout un débat de société, mais cessons de blâmer autant l'intégration et rassemblons donc nos forces pour enfin faire bouger les choses dans le bon sens et que ces merveilleux enfants (et tous les autres) puissent enfin avoir une éducation qui se rattache davantage à leurs besoins actuels et à leur réalité d'aujourd'hui... Chose que le fameux gouvernement semble oublier, question de budget...

Chantale a dit…

Billet touchant, arguments plein de bons sens...

Je suis d'accord avec vous !

Je pense qu'il faut écrire dans les journaux, saisir la population de ce problème qui touche tout le monde, qui a un impact fondamental sur les enfants... et les adultes qu'ils seront demain.

Il faut saisir le MÉLS du problème, pour vous, vos enfants... et pour tous ceux et celles qui, contrairement à vous, n'ont pas l'art du langage... ou ne savent même pas qu'ils peuvent s'adresser à un autre pallier pour faire valoir leurs (bonnes) idées.

Il faut s'unir, dénoncer... pour ne pas que ces imbécillités courent encore sur des décennies !

Soyez forte, et vos efforts seront récompensés.

J'enseigne au cégep, où plein d'étudiants sont démotivés pour les raisons que vous évoquez : imaginez ça, 10 ans de démotivation dans le corps, 10 ans de certitude d'être nul ! On a fort à faire pour les convaincre qu'ils peuvent faire qqch. Mais au cégep aussi, les ressources manquent, et tout le monde est dans le même groupe normal... Et à 42-44 élèves, en plus...

Chantale, maman d'une petite fille qui ne semble pas avoir (pour l'instant) de défi particulier...

Julie Boudreau a dit…

C'est en effet un article très intéressant que les hauts fonctionnaires du Ministère devraient lire avec attention. À cela j'ajouterais l'autre côté de la médaille, la répercussion sur les élèves qui n'ont pas de difficulté d'apprentissage sérieuse. Lorsqu'un professeur se retrouve avec 5 ou 6 élèves qui demande plus d'attention, ce sont les 20 autres élèves qui apprennent au ralenti. Un cas vécu dans notre famille l'an dernier où Mama n'a pratiquement rien appris à l'école "parce le prof n'est pas capable de donner la matière". Résultat: Mama, qui n'est pas une première de classe, doit prendre les bouchées doubles cette année pour rattraper le retard. Aussi, les élèves "réguliers" développent une frustration face aux élèves "spéciaux", ce qui n'a rien de positif pour personne. À qui profite ces intégrations au juste?

Une femme libre a dit…

Chaque cas est un cas d'espèce. Idéalement, tous les enfants devraient pouvoir fréquenter leur école de quartier, avec les services adaptés dont ils ont besoin. Les enfants handicapés deviendront des adultes handicapés. Nous voulons qu'ils aient une place dans la vie active. Pour ce faire, il est utile que les futurs employeurs aient eu la chance de les côtoyer depuis la petite enfance. Une école spéciale dans un autre quartier a ses avantages, mais ce n'est pas l'idéal pour tous. Le vrai idéal, ce serait de fréquenter la même école que ses frères et soeurs, à deux pas de la maison, de pouvoir se faire des amis proches, d'apprendre à son rythme, d'être valorisé et récompensé pour ses efforts, de ne pas comparer les enfants entre eux mais d'apprécier les qualités de chacun. N'ayant pu trouver cet idéal, ma fille a intégré une école spéciale quand elle a eu son deux ans de retard. Elle avait dix ans. Le déracinement a été douloureux. Âgée de quinze ans maintenant, elle est dans une classe spéciale dans une polyvalente. Elle est du niveau de la troisième année primaire malgré une intelligence tout à fait normale et une fortune dépensée en services privés de toutes sortes. Malgré toutes ces années, qui me sont apparues comme des années de lutte parsemées d'espoir et de déceptions, c'est encore avec un sentiment d'injustice que je parle de cette enfant courageuse pour laquelle la vie est tellement plus difficile. Je pense que les autres parents d'enfants différents que j'ai lus avec plaisir me comprendront et c'est réconfortant. Merci d'avoir écrit ce billet criant de vérité, Nancy!

allaitersonconjoint a dit…

Toutes nos félicitations pour votre billet madame.

unautreprof a dit…

Je suis prof en classe spéciale et oui, quelques parents sont réticents à ce type de service et voient l'intégration comme la meilleure solution.
Seulement, en 7 ans, TOUS les parents d'abord opposés ont fini par admettre que ça répondait mieux au besoin de leur jeune.

Le fameux 2 ans de retard est problématique! Des fois, à la fin de la première année (parfois même en maternelle), on voit déjà le portrait et l'enfant doit continuer au régulier le temps qu'il accumule le retard!


Il y a un manque criant pour les jeunes qui ne sont "pas assez en difficulté".

(très très très grand soupir)

unautreprof a dit…

Julie Boudreau : En classe spéciale, le ratio est plus bas. Donc la classe spéciale coûte plus cher.
L'intégration est une façon d'économiser.

Plate et bête de même!

Anonyme a dit…

Un monde idéal!!! Oh oui, on aime nos enfants! On voudrait leur donner le meilleur et faire tout pour que leur vie soit plus facile. Mais... croyez-moi, l'argent ne pousse pas dans les arbres.

Par contre, ne croyez pas que les directions d'école sont contre vous! Ils travaillent pour vos enfants et ils veulent ce qu'il y de plus adapté pour eux, mais le Ministère a le gros bout du bâton!(les budgets) Pour ce qui est du deux ans de retard, dans notre société, nous utilisons souvent les nombres pour établir des balises. Par exemple, un enfant doit avoir 5 ans au 30 septembre pour intégrer la maternelle, un employeur à la recherche de candidat pour un emploi exige un diplôme d'étude secondaire... Vous voyez qu'il ne s'agit là que d'une façon de limiter les candidatures puisque les budgets ne permettraient pas d'acceuillir tous les enfants qui auraient vraiment besoin de ces services! Tout ceci est malheureux, mais est-ce que vous seriez prêt à ce qu'on vous retiennent encore plus d'impôts pour que tous les services publiques soient parfaits? Un pensez-y bien!