vendredi 22 mai 2015

Et voilà le Terrible Twelve!

Ça m'a frappé en plein fouet en vacances, cette période bénie où on reconnecte en famille et où on a le loisir de mesurer ce qui a changé ou non avec la dernière fois où on s'est retrouvés tous ensemble aussi longtemps 24 heures sur 24: ça y est, on est en plein Terrible Twelve!

Peu documentée dans les livres de psychologie du pré-ado-de-plus-en-plus-vrai-ado, cette période méconnue est pourtant bien réelle (et aussi intense que les autres terribles périodes!). Mon groupe-témoin de trois spécimen l'a confirmée pendant deux semaines.

À l'instar de son cousin éloigné le Terrible Two, le Terrible Twelve se caractérise par une réaction d'opposition continue mais se différencie par sa manifestation plus passive qu'agressive (pas de crise de bacon mais une lenteur dans le mouvement qui a le même effet pour les parents).

En opposition constante pour prouver son autonomie (oui, comme le Terrible Two!), le Terrible Twelve emprunte également au Terrible Four l'insistante et répétitive question "Pourquoi?", remettant obstinément en question toute indication ou directive parentale. Et quand il obtient une réponse tout à fait convenable à son "Pourquoi?", le Terrible Twelve (et c'est là la grande différence avec les terribles précédents...) s'emploie à la remettre en question en citant les grands principes -pas toujours appropriés mais ô combien nobles!- de justice sociale, de logique, d'équité et même les lois de la physique (tsé, faut pousser fort!)

Mon trio terrible n'a pas manifesté ces symptômes en continu mais ils ont fait surface suffisamment ici et là fois 3 pour que je puisse confirmer sans aucun doute possible l'existence de cette phase terrible qui s'ajoute à toutes les autres au moment où on pensait (enfin!) s'être sortis de l'enfer.


jeudi 21 mai 2015

Avant l'été, on tord l'éponge!


Certains lancent la serviette. Moi, j'ai décidé de tordre l’éponge.

Veut, veut pas, tout ce qu'on voit/lit/entend nous influence et nous interpelle. C'est normal, autrement, notre bulle n'est pas hermétique. Et c'est souhaitable aussi, autrement, on agirait sans jamais pensé aux impacts.

Toutefois, il arrive (trop souvent) qu'on devienne un peu trop impliquée sans devoir l'être véritablement. Sans qu'on s'en rende compte, on se laisse s'imbiber de trucs qui ne nous concernent pas. On les laisse s'infiltrer en nous et prendre (souvent) trop de place. Même si c'est nocif. Même si ça aucun lien avec notre vie. Même si c'est inutile de s'en faire. Même si on n'est pas dans les bons souliers  pour évaluer la situation. Même si ça ne nous touche pas. Même (surtout) si on ne peut rien faire. «Moi, je pense que je ferais ça si ça m'arrivait...», «Si j'étais à sa place, c'est clair que...», «Ayoye! Comment je réagirais si je vivais le même drame que lui...», etc. Les pensées s'enchainent à une vitesse folle. Les scénarios improbables aussi. Les «si« nous plongent dans une vie qui n'est pas la nôtre. On vit par procuration des situations qui ne nous arriveront peut-être jamais.

On peut appeler ça de la compassion, du respect, de l'anticipation formatrice ou de la solidarité. Mais c'est aussi essayer de prendre les problèmes des autres sur nos épaules, jouer à une vie qu'on ne vit pas et s'en faire pour rien d'avances. On devient «pleine» de ces problèmes qui ne sont pas les nôtres, «remplie» des drames qui ne nous touchent pas en vérité (ou si peu), «gonflée» de ces maux qui prennent trop de place dans notre tête (déjà pleine!). Le résultat: on est à cran, submergée, lourde de problèmes qu'on traine, l'esprit un peu trop noir, épuisée et j'en passe.

Si on dit que les enfants sont des éponges, il faut se dire les vraies affaires : les adultes aussi. On se laisse envahir excessivement. On éponge les bouts de vie des autres, leurs malheurs et leurs drames (parce qu'on retient moins les bonheurs) et on se demande comment on agirait à leur place, on les achale avec nos conseils, on se met en mode «action» pour les régler (à leur place, à leur insu... ), on joue aux sauveurs, on assaille notre propre hamster de d'autres soucis, etc. Ça suffit!

Et c'est là que je dis que je tords l'éponge. Oui, je me libère de ce qui ne m'appartient pas. Un gros ménage du printemps (tardif) pour retrouver de l'espace en moi. Je fais le tri entre «Ça m'appartient!» et «Ça ne m'appartient pas!». Ce grand tri ne veut pas dire me contrecrisser des autres, mais c'est refuser de trop me laisser envahir. Je continue d'être touchée par ce qu'ils vivent ou bouleversée par leurs drames, mais sans éponger le tout à leur place. 

C'est fou comme ça libère. Et cette tactique de l'éponge nous rend plus légère, ce qui n'est pas négligeable dans nos vies de fou. Même que j'en ai parlé à mon ado qui avait, souvent, tendance à vouloir régler les trucs des autres, s'en faire pour les autres, etc. Juste tordre l'éponge, ça fait le tri entre ce qui doit rester et ce qui doit partir. Ce n'est justement pas lancer la serviette et tout abandonner, c'est se donner de la place et se libérer pour les trucs qui comptent vraiment.

Collectivement aussi, on aurait besoin d'une session de tordage d'éponge. Parce qu'on ne peut pas pogner les nerfs sur tout, parce qu'on n'a pas à réagir à tout, parce que si on commençait par bien aller, s'occuper de soi et de son cocon, eh bien, ça serait tout aussi aidant.

Et vous, avez-vous besoin de tordre votre éponge?