lundi 25 mai 2015

Mon enfant, tu n'es pas spécial (et c'est parfait ainsi!)

La semaine passée, PresqueAdo est catastrophée, la veille du retour de l'école après un congé qu'on a étiré pour aller en pré-vacances:

«Je n'ai pas pu étudier comme il faut. J'avais demandé à une amie de me photographier ses notes pour que je les recopie, mais la photo est brouille, je ne vois rien et je n'arrive plus à la rejoindre pour qu'elle prenne d'autres photos. Qu'est-ce que je fais? Je vais avoir 0 dans l'examen.»

Bon, 0: on voit que la panique était grande. Qu'est-ce que je pouvais bien faire? J'aurais pu écrire un mot à son professeur, excuser PresqueAdo, je ne sais pas trop. Mais je ne l'ai pas fait. J'ai rassuré PresqueAdo en lui disant qu'elle avait bien préparé son plan d'action, mais qu'il n'a tout simplement pas fonctionné. Ça arrive. Maintenant? Elle doit trouver une solution et/ou vivre avec les conséquences. Il n'y aura pas de miracles à faire. Et on ne virera pas fou non plus. C'était un mini-examen qui ne comptait que pour un infime pourcentage dans la note finale. Se planter, ça arrive. Et c'est même formateur. Je lui ai conseillée d'aller voir son prof pour lui expliquer ce qui s'est passé et négocier, si possible, une entente avec elle. PresqueAdo a insisté pour que j'écrive un mot dans son agenda. Ce que j'ai écrit ne lui a pas plu: «PresqueAdo voudrait discuter avec vous d'une situation en lien avec l'examen à faire aujourd'hui.». Le message était plutôt: «Débrouille-toi, ma belle!». Finalement, elle a parlé à son professeur (je ne sais même pas si elle lui a montré mon mot!) et elle a suggéré d'étudier pendant une période normalement accordée au plan de travail et faire son examen après. Voilà que PresqueAdo avait réglé un problème d'elle-même.

Ça m'a fait penser au livre You Are NOT Special écrit par David McCullough Jr, un professeur américain. Ce livre est né du discours qu'il a prononcé devant ses élèves du high school lors de leur remise des diplômes en 2012 (vous pouvez l'écouter ici) dans lequel il les encourage à oser vivre des expériences par eux-mêmes, de suivre leurs intérêts sans rechercher la récompense matérielle, la reconnaissance des pairs, une note sur le haut d'une feuille ou une médaille, non juste pour le feeling que ça procure de faire quelque chose par réelle passion.

Son livre est un plaidoyer anti-performance qui fait du bien. Selon lui, les jeunes sont tellement dirigés, organisés, encadrés et contrôlés, avec un agenda complètement malades et des parents trop impliqués qui les poussent vers leurs propres rêves déchus, qu'ils possèdent, en vérité, bien peu de réelles expériences de vie liées à ce qu'ils aiment vraiment. Ils n'ont aussi que très peu d'expériences d'échecs, leurs parents étant toujours là pour intervenir à leur place en trouvant les solutions à appliquer tout en, bien sûr, les couvant, les excusant et les plaignant au besoin. Exit l'apprentissage formateur de l'échec; on les empêche de les vivre. On le voit bien: tout le monde est bon! Tout le monde est un champion!

Avons-nous tout faux à vouloir pousser nos enfants à devenir des êtres d'exception? Selon ce professeur ayant 26 ans d'expérience dans le monde scolaire et lui-même père de deux ados, oui. Il croit que cette pression à exceller, à performer, à se démarquer, à sortir du lot, à être exceptionnel ou «spécial» empêche les jeunes de prendre des chances, des risques, d'oser, d'agir par lui-même, etc. Il faudrait enlever de leur tête que chaque étape est ultra cruciale et que chaque apprentissage doit être spectaculaire pour laisser un peu de liberté aux jeunes... la liberté de suivre ses rêves, de faire quelque chose qui le fasse vibrer, de faire des choses petites, mais qui l'aident à se trouver, à se connaître, à s'aimer. C'est ainsi que les enfants prennent confiance en eux. Pas autrement. Dans son livre, il dit une phrase qui résonne beaucoup chez moi: «Climb the mountain not to plant your flag, but to embrace the challenge, enjoy the air and behold the view. Climb it so you can see the world, not so the world can see you.». En la lisant, je me suis dit que c'est la citation que je mettrai dans la carte que je vais offrir à PresqueAdo pour la fin de son primaire. Parce que je lui souhaite exactement cet horizon pour plonger au secondaire. Rien d'autre.

Dire à un enfant : «Tu n'es pas spécial!», c'est lui enlever une énorme couche de pression. C'est lui dire aussi (entre les lignes) «Tu n'as pas à être spécial pour vivre une vie formidable ou pour que je t'aime.» Et ça, ça donne des ailes.
 

1 commentaires:

Marie a dit…

C'est une très bonne façon de faire!
Mon père était comme ça aussi avec moi.
Maintenant jeune adulte, je me suis rendue compte que ça m'a beaucoup servi. Je voyais mes amis être gênés d'aller porter des cv, de faire des appels importants... Alors que moi j'étais débrouillarde et j'osais. Ça me rendait fière, et je l'apprécie aujourd'hui.

Paroles d'une jeune femme de 24 ans ^^